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samedi 6 septembre 2008

NL400: stratégies de jeu - 3e partie

Les pièges à éviter

Il est difficile de donner des conseils stratégiques qui soient valables en toutes circonstances, mais il peut être utile de lister les pièges à éviter lors d'un jeu sur la NL400.

"C'est contre moi"

Dès que vous relancez avec J8, vous êtes sur-relancé; vous misez au flop avec air, vous êtes check raisé. Bref, dès que vous faites un move on vous revient dessus! La tentation est forte de se laisser convaincre que la table vous a pris pour cible, qu'on vous prend pour une serpillère, et que vos adversaires ne jouent pas leurs cartes, mais vous!

Au prochain 3bet, vous balancez le tapis! Ca leur apprendra à vous prendre pour un joueur faible! Mais voilà, votre adversaire est trop content de payer avec ses top deux paires et ne comprend pas pourquoi vous venez de vous envoyer en l'air avec hauteur roi.

Lorsqu'on vous revient dessus, la probabilité d'un jeu fort est très importante. Il peut arriver que pendant toute une série de main vous vous retrouviez confronté à du jeu chez tous vos adversaires. Il faut savoir accepter cela comme une expression de la variance, et non comme un ciblage de vos adversaires.

A la NL400, les joueurs sont trop occupés à multitabler ou à regarder la TV pour "jouer le joueur" et déterminer (pour quelles raisons d'ailleurs?) que vous êtes le paillasson de la table. Quand on vous relance, ne jamais prendre de décision basée sur cette fausse perception.

"Je veux gagner tous les pots"

Vous venez de connaître un bon rush, vous vous sentez fort psychologiquement et du coup vous relancez tous les pots. Vos adversaires passent pratiquement tout et vous laissent dominer la table. Vous commencez à penser que tous les pots vous appartiennent et vous n'allez plus rien lâcher, quitte à faire un 4bet all in pour montrer que c'est vous le roi (après tout vous avez une grosse stack, alors autant s'en servir!)

Si on ne vous revient dessus, ce n'est en aucun cas parce que vos adversaires respectent votre jeu. La raison est que tout simplement ils n'ont pas de cartes jouables. La pression psychologique en cash game n'est pas la même qu'en tournoi: un joueur peut au pire se faire stacker, cela ne représente pas la même peur que de sauter du tournoi contre un joueur en plein rush.

Vos adversaires voient bien que vous relancez tous les pots et faites des 3bet post flop (même en multitablant au téléphone tout en mangeant un sandwhich on s'en aperçoit!) et ils vont tout simplement resserrer leur jeu pour attendre le bon spot.

L'excès de confiance est une forme perverse de tilt, qu'il faut aussi savoir contrôler. Si vous venez de stacker 3 adversaires en 5 minutes sur un rush de folie (si si ça arrive), mettez vous en sit out 5 minutes pour faire baisser l'adrénaline et vous éviter de faire une grosse connerie en mode "I'm the king of the world".

Savoir lâcher sa main et accepter de se faire outplayer de temps en temps

Vous avez 99 au bouton, vous relancez et vous êtes payé par la BB. Le flop vient J63. BB check et vous faites votre mise de continuation habituelle. Mais voila, au lieu de passer la BB vous relance! Ce n'est pas la première fois, mais ce n'est pas non plus systématique.

Il faut savoir passer et accepter de s'être fait bluffer par 44. Ce type de relance est rarement une main type "TJ" mais soit une main très forte en heads up (63, 33, 66, AJ) soit un (semi) bluff (44 ou air). Le problème est que si à chaque fois qu'on vous relance vous ne croyez pas votre adversaire, vous allez perdre pas mal d'argent. A moins bien entendu d'une lecture particulière, ce type de relance est très souvent une main qui vous bat.

En jetant vos cartes, vous allez de temps en temps faire de mauvais fold, mais c'est le prix "psychologique" à payer pour éviter de vous retrouver dans de mauvaises situations.

Il ne s'agit pas de se transformer en peureuse en foldant à la moindre relance, mais d'accepter de se faire bluffer dans des situations marginales pour se concentrer sur les situations profitables. Vous allez jouer énormément de mains en short handed, et vous ne pouvez pas toutes les gagner. Se faire bluffer est un mal nécessaire: si on ne vous bluffe jamais, cela veut dire que vous payez beaucoup trop vos adversaires et qu'au final vous êtes un joueur perdant.

Savoir lâcher sa paire de roi

Cela parait évident, mais combien de fois ai-je vu des joueurs se faire stacker en s'accrochant à leur KK comme des morts de faim alors qu'en bel as brille de toute sa splendeur au flop?...

Vous relancez avec KK, un as apparait, il y a de l'action au flop: vous pouvez passer. Je peux comprendre qu'on ne lâche pas son AA contre deux paires pourtant probables, mais de grâce ne vous mariez pas avec votre paire de roi quand un as apparaît au flop.

Même les plus grands le disent: quand on a KK et un as au flop, il est pratiquement impossible de savoir quoi faire. Vous pouvez payer une mise, ou faire une mise de continuation, mais si l'action continue il faut quitter le navire (ou aller au showdown pour le moins cher possible).

Quand le KK magique apparait, vous commencez déjà à saliver en voyant votre stack doubler, mais il ne faut pas que ce rêve se transforme en cauchemar en jouant votre main comme en freeroll.

Ceci est valable aussi pour QQ/JJ avec A/K/Q au flop: soyez prudents! En cas de doute, passez à la main suivante. Il faut savoir être patient et accepter de ne pas gagner des gros pots avec ses grosses paires.

AK/AQ: le piège

Vous n'êtes pas en tournoi. AK et AQ sont des mains qui pourront vous coûter une fortune si vous les jouez vite. En tournoi, AK (et à la limite AQ) est un monstre car vous avez une fold equity très importante en poussant votre tapis avec: vous allez gagner soit parce que votre adversaire va passer (il pourra passer QQ/JJ même s'il voit votre main car il ne veut pas forcément jouer son tournoi sur un coin flip à ce moment), soit parce que vous gagnez le coin flip. Au final, dans ces conditions, AK est un "favori" à 60-70% plutôt que 50%.

En cash game (à la NL400 en tout cas), personne ne va passer preflop son TT/JJ/QQ (avec des réserves bien sur, en fonction de la profondeur de tapis - mais avec $400 c'est le call assuré). Donc si vous faites un 4bet à tapis avec AK comme en tournoi, vous allez être payé tout le temps. Et vous ne serez jamais payé par AJ ou AQ (alors qu'en tournoi si). En combinant le fait que vous ne serez payé que par des paires (à 52-55%) et KK/AA (qui vous écrase), vous allez perdre forcément plus d'argent avec AK qu'en gagner (et si on rajoute votre push AQ payé par AK, c'est encore pire).

A moins d'être en mode gamble et d'avoir AKs, je ne recommande pas le 4bet avec AK. Vous pouvez faire un 3bet (en position ou hors de position), mais si vous relancez et êtes sur relancé (3bet) par un joueur plutôt calme, il est plus sage de payer et de voir le flop.

Si votre 3bet est relancé, vous avez une décision difficile. Il n'y a pas de bonne réponse, car en payant vous verrez tout, du bluff (où vous n'êtes pas de toute façon un favori énorme!) à la paire d'as (que tout le monde ne sous joue pas). Sans la position, c'est difficile de payer car si vous ne touchez ni A ni K vous allez devoir abandonner, avec la position c'est déjà plus facile. Si vous balancez le tapis (5bet), vous allez être payé à 90% (rares sont les bluffs 4bet à ce niveau!).

En conclusion: quand vous voyez AK, ne vous excitez pas et jouez cette main prudemment. Vous gagnerez beaucoup plus avec AK au flop (contre AJ qui ne lâche pas sa top paire par exemple) qu'en balançant le tapis preflop et n'étant payé que par des mains plus fortes.

Jouer ses tirages

Lorsque l'on a un tirage, nous sommes toujours confronté au même dilemne: doit-on le jouer aggressivement (quitte à se faire check raiser et voir le turn à haut prix), ou doit-on au contraire tenter de le toucher pour le moins cher possible?

Tirage fort

Si vous avez un tirage type straight flush (par exemple QJ à coeur sur T98 dont deux coeurs) la réponse est plutôt simple: il faut le jouer le plus aggressivement possible au flop. Vous êtes favori même contre AA et ce genre de main est si rare qu'il ne faut pas laisser passer l'opportunité.

Ce type de main est idéal pour le check raise ou le 3bet au flop. En le jouant aggressivement vous allez soit remporter le pot directement (la plupart du temps), soit jouer un coin flip (les rares fois ou vous tombez contre un set ou une main aussi très forte). Le pire qui puisse vous arriver est de tomber contre le tirage couleur max.

Si vous jouez votre tirage passivement et que vous touchez, vous aurez du mal à vous faire payer un gros pot (le flop aura l'air tellement dangereux à la river que même un set se contentera de payer une mise raisonnable).

Evidemment, la contrepartie de jouer très aggressivement est que de temps à autre vous allez vous faire stacker. Mais sur le long terme, le fait d'être léger favori en cas de tapis payé ajouté au fait que votre adversaire se couchera parfois au flop fait que cette approche est gagnante.

Tirage moyen

Vous avez un tirage couleur ou quinte: vous avez entre 8 et 12 cartes (parfois l'as de votre tirage couleur max peut aussi vous faire gagner le coup). Vous allez toucher un peu plus d'une fois sur trois si vous avez un tapis payé au flop: autant dire que ce n'est pas une situation dans laquelle vous voulez vous retrouver régulièrement.

Contrairement au tournoi ou la fold equity (la possibilité que votre adversaire passe devant votre aggression) est importante, en cash game vous ne pouvez pas jouer trop souvent vos tirages de façon aggressive. Vous serez payé trop fréquemment en étant underdog à 40% pour compenser les fois ou votre relance arrachera le pot au flop.

L'approche la plus raisonnable consiste a garder le pot le plus petit possible jusqu'à la river (ou le turn si vous touchez). Hors de position, payez juste la mise de continuation. Ce sera probablement check check au turn et vous aurez souvent une carte gratuite. En position, si vous pensez que vous risquez le check raise, checkez au flop (si vous êtes check raisé, vous allez trop souvent payer en espérant toucher votre tirage, et sur le long terme vous serez perdant). Si vous touchez votre tirage après avoir checké au flop (surtout un tirage couleur) votre adversaire aura du mal à vous croire ensuite car il partira du principe que vous n'auriez jamais checké au flop avec cette main (gardons tout de même à l'esprit qu'il faut mixer votre jeu, ne faites pas toujours pareil avec vos tirages; il s'agit là de l'approche de base).

Si vous avez raté au turn et à la river, évitez le bluff (surtout hors de position). La plupart du temps ces bluffs ratent car vous n'avez rien de crédible à vendre.

Si vous touchez en river, que vous êtes hors de position et que vous pensez que votre adversaire a quelque chose, vous devez miser. Si vous checkez, votre adversaire checkera probablement derrière car il aura peur de la couleur. Si par contre vous misez, il va vous payer.

Ne jamais céder au tilt après avoir raté votre 3e tirage de suite en balançant votre tapis en river!


Lors de la prochaine et dernière partie, je vous présenterai une vidéo qui montre par l'exemple toutes les situations décrites dans cet article.

1 commentaires:

D8 a dit…

Oui ben j'aurais mieux fait de venir te lire un peu avant, m'aurait evité des sequences grotesquissimes avec AR, qui est une main qui me coute des tonnes parceque je la surjoue.. De temps en temps je gagne 20$, et générallement j'en perds 200!
En plus tu as raison, autant y aller calmos parceque si on est contre AV et qu'il y a un as au flop on devrait avoir les moyens de ramasser pas mal.